22/06/2012

Point de vue : Dix ans de CQ à Bel-Air Sud

parisLe 25 juin 2002, se tenait la première réunion du conseil de quartier Bel-Air Sud. Elle était présidée par Sandrine Mazetier, notre députée fraîchement ré-élue, qui était alors adjointe au Maire de Paris, conseillère du 12e déléguée aux conseils de quartiers. Sur le compte-rendu de cette réunion (accessible ici), on peut lire :

Le Conseil de Quartier est un élément essentiel de la démocratie participative. Il répond au désir de nos concitoyens d’intervenir activement dans le processus de décision politique quand il s’agit de problèmes de proximité. Lieu d’écoute, d’expression, de concertation, d’information et d’initiative, il vise aussi à favoriser le lien social.

Ses débats n’excluent aucun sujet sous réserve qu’il ait un lien territorial ou un intérêt direct avec le quartier. A chaque séance, un temps de parole est réservé à l’expression du public. Constituant une commission consultative du Conseil d’arrondissement, il est consulté sur tout projet concernant le quartier mais peut aussi prendre l’initiative de propositions.

parisEntre 2002 et 2008, l'animation de la démocratie locale est confiée à Monique Leblanc (Maire adjointe). Les projets portés par la ville (Plan Local d'Urbanisme et Plan de Déplacement de Paris) ou par l'arrondissement (Bagagerie 188, Place Sans-Nom, réseau de pistes cyclables) permettent alors des échanges intéressants et constructifs entre les conseillers de quartier et les habitants. C'était le temps du mieux vivre ensemble dans notre quartier !

Faute de locaux de quartier (mainte fois réclamés), des animations en plein air comme Circul'Livre, le rallye pedestre, les balades à vélo ou les repas de quartier, permettent de rencontrer les habitants dans un cadre détendu et de prolonger les réunions publiques.

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Octobre 2003 au lycée Elisa Lemonnier
remise des prix du Rallye organise par Bel-Air Sud et Nation-Picpus

parisDepuis 2008 et la seconde mandature de Michèle Blumenthal (Maire du 12e), c'est Richard Bouigue qui est l'adjoint chargé de la démocratie locale. Le contexte budgétaire et l'absence de plans d'envergure lancé par la ville n'offrent plus guère de place à des projets ambitieux.

Curieusement, même les petits projets (pose de bancs ou de jardinières, campagne de sensibilisation à la propreté ...) ne donnent pas lieu à la concertation espérée qui permettrait, lors des réunions publiques, de mettre en avant des résultats et de démontrer aux participants (conseillers, invités permaments et habitants) l'intérêt de l'institution.

Pourtant, à la page 6 du compte-rendu de mandat 2011 de la Maire du 12e, on lit :

Des conseils de quartier dynamiques :

Les 7 conseils de quartier du 12e se sont fortement mobilisés cette année en organisant 4 réunions publiques, 25 assemblées générales et près de 90 réunions des commissions de travail.

Que dire alors du dynamisme des conseils de quartiers dans les années 2003-2007 ?

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Source : Mairie du 12e, rubrique CQ - Cliquez pour agrandir

Les quelques réunions publiques ont porté sur des sujets certes intéressants (le 12e face à la grande précarité, le compostage et les éco-actions ...), mais totalement étrangers aux pouvoirs des conseils de quartier et des élus de l'arrondissement.

La raréfaction des réunions publiques et les thèmes abordés rend désormais les conseils de quartier peu visibles, ce qui n'incite pas les habitants à se tourner spontanément vers eux.

Plus loin sur le compte-rendu de mandat, on lit :

Les conseils de quartier ont également été associés à de nombreuses concertations sur des projets d’aménagements urbains : passage de la Voûte, boulevard Diderot, emplacements des stations Autolib’ et des parkings 2 roues motorisées, tunnel Proudhon, etc.

Malheureusement, faute de projet faisant appel à l'imagination, la contribution des conseils de quartier s'est généralement limitée à des domaines où les contraintes techniques rendaient leurs marges de manoeuvre quasi-nulles : implantation des sanisettes et des stations autolib', voirie le long du parcours du tramway.

Comment ne pas partager le sentiment de ceux qui affirment que depuis 2008, la majorité parisienne s'efforce d'éviter que les conseils de quartier ne s'emparent de dossiers sensibles et les cantonne dans des domaines sans risque politique ?

Un peu plus loin sur le compte-rendu :

Les animations des conseils de quartier sont nombreuses : Music’O’kiosque, 15 projections du cinéma itinérant, Art en balade, rallye pédestre, etc.

Les animations "spectacle" organisées par les conseils de quartier attirent certes un public qui les apprécient, mais rien de les distinguent vraiment de celles organisées par la mairie d'arrondissement et les associations.

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Comme nous l'avons déjà évoqué, si l'organisation d'animations n'est pas étrangère à la mission des conseils de quartier, elle ne devrait pas, à nos yeux, être un but en soi, mais un moyen de renforcer le lien entre le conseil et les habitants pour favoriser le dialogue, et les inciter à participer aux commissions et aux réunions publiques.

Alors que les animations devraient être la cerise sur le gâteau du dialogue et de la concertation sur les sujets relatif à notre cadre de vie, depuis 2008, la cerise est devenue plus grosse que le gâteau.

Depuis 2002, les conseils de quartier ont su démontrer le bien fondé de la loi qui les a institués.

Leur visibilité et leur popularité repose sur les actions qu'ils mènent en partenariat avec les élus de l'arrondissement, en réponse aux attentes des habitants du quartier. Pas sur l'organisation de spectacles.

Il reste deux ans à la municipatité parisienne, aux conseillers de quartier et aux habitants pour redécouvrir les fondamentaux propices à la vitalité de la démocratie locale.

Manuel ERRERA

Commentaires

Bonjour,
Beaucoup d'anergie dépensée par des conseillers de quartier pour peu de résultats et de retour d'informations.
Quelques exemples :
En Mai 2005 notre commission évoque un projet d'aménagement de la Place Antoine Furetière et signale la dangerosité du Carrefour Armand-Rousseau/Messimy/Lefébure. Pour le carrefour une information est donnée sur un aménagement qui se réalise pour partie en 2010 et 2011. Quant à la Place A. Furetière elle reste en l'état jusqu'à ces dernières semaines où je constate que des pelleteuses sont en activité. Quelle nature de travaux ? Quel aménagement prévu ?
Depuis 2007 des terrasses sauvages fleurissent sur le côté impair du Bvd Soult de laz Place Edouard Renard à l'angle de la Rue Rottembourg. Malgré de nombreuses demandes auprès des services de la Mairie sur ces pratiques illicites qui ne facilitent pas le trajet des riverains fortement pénalisés par les travaux du T3 rien ne se passe.
Et l'on parle de démocratie participative !!!!!!!
Cordialement

Écrit par : LOPEZ Monique | 22/06/2012

Bonjour, Manuel ! et bonjour au 12e !
Je vois que nous sommes nombreux à faire les mêmes constats : la première mandature Delanoë avait fait une meilleure place à la démocratie locale ou participative. On a du mal à renouveler les effectifs de citoyens qui veulent bien s'impliquer dans l'animation de ces conseils de quartier car peu à peu ils voient tous qu'on les cantonne dans la fonction de comité des fêtes. La concertation est devenue un simple mot, le suivi et les réponses aux questions posées en conseil doivent faire l'objet de relances multiples. Mêmes les services ne sont plus aussi réactifs que par le passé aux sollicitations des élus... que se passe-t-il ? L'équipe municipale préfère-t-elle gérer ses dossiers tranquille sans en référer à la vox populi désormais ?
Pour ne pas terminer sur une notre trop négative, je dirais encore que certains ont gardé leurs bonnes habitudes de concertation-consutation, poussés peut-être par une demande plus pressante du public... je pense au 18e. On ne débouche pas toujours pour autant sur de francs succès...
Bon week end aux lecteurs du 12e !

Écrit par : lise | 22/06/2012

D'accord avec l'analyse de cet article.
En particulier sur le "décalage" entre la part accordée aux CQ dans les projets d'aménagement (Proudhon....) et la part effective

Écrit par : marie-france | 22/06/2012

Tout à fait d'accord, ce constat correspond bien aux faits et à mon ressenti. Est-ce l'usure qui éloigne ainsi les élus des habitants ?

Écrit par : marie | 22/06/2012

Dommage qu'il ne soit possible qu'être d'accord avec la description de Manuel.
Pour ma part j'avais tiré ces mêmes conclusions dès 2009 ce qui m'a poussé à démissionner du CQ.
Concernant " l'usure" des élus je dirais au contraire que les nouveaux élus de 2008, qui n'ont pas hésité à mettre au placard une grande partie de l'équipe précédente, ont d'autres ambitions que de se rapprocher des habitants.

Écrit par : Robert | 23/06/2012

Mon cher rédacteur,
A vous lire, on pourrait tirer (hâtivement) la conclusion suivante : « c’était mieux avant ! »
Les commentaires ci-dessus, confirment votre point de vue.
Pour ma part, je ne peux que constater, sans nostalgie , que l’activité de certains CQs (faute d’infos des autres arrondissements) est globalement atone !
Problème d’hommes ? R. Bouigue moins impliqué (charge de travail/ attaché parlementaire de S. Mazetier) que M. Leblanc ? Certainement …
Le responsable de la démocratie locale à la Ville de Paris sensibilisé par d’autres dossiers ? Probablement …
Vous citez le C.R de réunion de juin 2002 où sont mentionnés les termes de « démocratie participative »
La « démocratie participative », c’est une expérience de démocratie active (sans la médiation passive de la représentation), directe (le peuple s’assemble), locale (pour traiter d’affaires proches, dans lesquelles chacun est impliqué et dont il a une connaissance immédiate) avec un pouvoir de décision (concernant, par exemple, la répartition d’un montant limité du budget municipal) et dans laquelle pas un n’est laissé pour compte.
Il ne s’agit pas de cela dans le mode, actuel, de fonctionnement/réalisation des CQs !
Concernant la vie du C.Q il s’agit , au mieux lorsque cela fonctionne correctement, de « démocratie locale ».
Depuis que les CQs (organes uniquement consultatifs) ont été mis en place, on mesure les limites de ce type de démocratie : réponses locales à des difficultés de proximité. Compte tenu du statut de Paris (poids décisionnaire du conseil de Paris et, le faible pouvoir des Maires d’arrondissements), les C.Qs ont un rôle relativement limité. Ajoutez à cela, le manque d’implication (volontaire ou non) des élus chargés de cette activité et vous avez le constat que vous décrivez.
Les chiffres du C.R de mandat de 2011 fait état de « 4 réunions publiques et 25 AGs ». Ne nous lançons pas dans des calculs savants, chacun voit bien que c’est là une participation assez faible
Le qualificatif « dynamique » est tout à fait exagéré !
Bref, nous ne pouvons-nous contenter de dresser un bilan « accablant » de l’activité des CQs. Que faut –il faire/proposer ?
Rencontrer le responsable de la démocratie locale ; Mme La Maire … ?
Dans d’autres Villes , les CQs fonctionnent correctement, sont force de propositions et voient leurs réalisations aboutir.
Alors , à vos stylos numériques et proposons des pistes d’amélioration …
"Dans un 2eme comment , je ferai qq suggestions..."

Écrit par : bernard | 24/06/2012

Bonjour à tous,
Je partage le constat et l'analyse de l'état des conseils de quartiers dans le 12e que je qualifierai de léthargique. Le faible nombre de réunions publiques est révélateur du décrochage entre les conseils de quartier et les habitants. A ce sujet, j'avais en début d'année réagit au CR de mandat de la mairie, sur mon blog : http://www.arnaudbeaumont.com/2012/02/retour-sur-le-cr-de-mandat-2011-de-la.html

Écrit par : Arnaud | 28/06/2012

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